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SOCIÉTÉ, INTIMES REGARDS

 


26/11/04

Pancho Moya

20 novembre 2004

CARTES

Souvenirs de vie.

D’innombrables fois, je me suis posé la question de savoir comment je me suis habitué et « intégré » à la vie française et particulièrement bordelaise. La réponse pourrait être la suivante : d’abord la nécessité de reconstruire rapidement une nouvelle vie et ensuite la tradition que nous avons reçue en héritage dans la majorité de nos familles chiliennes et à l’école publique, à savoir accepter et apprécier l’étranger d’où qu’il vienne et lui donner tout ce qui est à notre portée, et parfois un peu plus, tellement nous avons dans nos habitudes de bien accueillir celui qui vient d’ailleurs.

Pourquoi ça ? C’est, peut être, notre esprit presque insulaire, car le Chili se trouve accroché à la Cordillère des Andes par l’est, baigné par l’océan Pacifique à l’ouest, isolé au nord par le désert d’Atacama, un des plus arides au monde et limité au sud par l’Antarctique.

Terre d’accueil par excellence depuis la déclaration de la République en 1818, suite à la guerre d'Indépendance avec l’Espagne, le Chili a décidé d’offrir une place dans son territoire et dans sa société à quiconque souhaiterait participer à construire ce nouveau pays.

Nous sommes une terre d’asile. D’ailleurs, notre hymne national proclame dans un de ses vers « l’asile contre l’oppression ».

Cette règle instaurée lors de la création de la République, préconise l’acceptation de toute personne, à condition de respecter le cadre institutionnel que les nouvelles autorités avaient choisi pour le Chili indépendant.

Au cours de ces presque deux siècles d’existence comme pays, mis à part les Espagnols restés après l’Indépendance, des vagues successives de migrants Européens et du Moyen-Orient principalement se sont installées au Chili pour vivre en harmonie. Respectant les institutions et participant activement à construire ce que nous appelons aujourd’hui la « chilinité ». Ce mélange de diverses cultures qui ont apporté chacune une part de leur savoir, leurs coutumes, leur art culinaire, leur architecture, leurs visions du monde, mais ils ont su les adapter à cette nouvelle société où nous trouvons aujourd’hui avec surprise des éléments culturels des cinq continents intégrés totalement dans cette chilinité et faisant donc partie de notre culture.

Il me semble que l’intégration, dont nous n’avons pas fini de parler en France, s’y passe bien mieux.(*)

Règle d’or appliquée : tu es étranger ? C’est bien ! Viens chez moi, « tu verras comme nous aimons, au Chili, les amis quand ils sont étrangers » dit une vielle chanson chilienne.

M’intégrer et vivre en France avec tranquillité était donc, pour moi, le juste retour des choses et je me suis mis à vivre à Bordeaux sans aucun complexe, en apprenant la langue, en respectant les règles de cette société, affrontant les difficultés de vie comme n’importe quel citoyen, malgré les différences administratives évidentes dues à mon statut de réfugié politique, à l’époque.

Il me semble que l’interculturalité, nous pouvons la construire et la vivre naturellement et positivement dans l’acceptation et le respect de l’autre, et avec la volonté de vouloir s’intégrer à de nouvelles formes de vie, tout en gardant pour soi et pour les siens ce qui fait notre particularité et notre richesse en tant que personne.


(*) Ces souvenirs correspondent à ma vie au Chili, jusqu’en 1977.



Màj : 3/10/07 14:43
 
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